Directrice d'école : pas de poursuites contre Valérie Boukobza
Par BLOG PERSONNEL, jeudi 29 mars 2007 à 18:30 :: Blaye et ses Cantons :: #410 :: rss
Aucune poursuite ne sera menée contre Valérie Boukobza, la directrice d'école placée en garde à vue le 23 mars

Manifestation lundi devant le rectorat de Paris (Ve) contre la garde à vue de la directrice d'une école du XIXe. -Joël Saget - AFP
Manifestation lundi devant le rectorat de Paris (Ve) contre la garde à vue de la directrice d'une école du XIXe. -C'est ce qu'a indiqué jeudi son avocat expliquant que le parquet avait décidé de ne pas la poursuivre après des échauffourées devant la maternelle de la rue Rampal survenues lors de l'arrestation d'un Chinois sans papiers. L'affaire avait suscité un tollé à gauche et dans le monde enseignant. Une grève était d'ailleurs prévue vendredi.
Une semaine après le placement en garde à vue de cette directrice de maternelle du XIXe arrondissement, les syndicats SNUipp-FSU, SE-Unsa, Sgen-CFDT, Sud-Education, Snudi-FO, CGT-Education et CNT ont appelé faire grève. Une manifestation s'était déroulée devant le rectorat de Paris vendredi dernier.
Valérie Boukobza était intervenue le mardi précédent lors de l'interpellation ponctuée d'incidents violents d'un grand-père chinois sans papiers aux abords de l'école.
La police avait d'abord souhaité aller arrêter à son domicile Valérie Boukobza, accusée par des policiers d'avoir frappé sur une voiture de police et proféré des injures. Finalement, le procureur Jean-Claude Marin avait ordonné aux policiers de la convoquer au commissariat.
Répondant à la convocation, Valérie Boukobza avait été placée en garde à vue pendant près de sept heures avant d'être libérée alors que les protestations commençaient et qu'une manifestation se déroulait devant le commissariat.
"Les poursuites administratives contre Mme Boukobza n'ont pas lieu d'être" car elle était "en dehors de ses fonctions de directrice d'école", a expliqué l'entourage de Gilles de Robien, dans la mesure où les faits se sont déroulés à l'extérieur de l'enceinte scolaire et au delà des horaires de classes.
Le ministère "a pris soin de prévenir les organisations syndicales pour éviter les polémiques inutiles parce que l'acte éducatif nécessite une certaine sérénité", a-t-on commenté.
Dans un communiqué, le Sgen-CFDT a "pris acte d'une mesure de justice" et a espéré que "pareille situation, en particulier à l'égard des enfants de familles sans-papiers, ne se reproduise plus".
La directrice de maternelle s'explique
Valérie Boukobza raconte dans une lettre qu'elle est accusée d'avoir traité de "connard" un policier après l'interpellation d'un parent d'élève sans papiers devant l'école, ce qu'elle réfute catégoriquement.
Cette lettre, écrite après la garde à vue et intitulée "des nouvelles et des remerciements", a été apposée sur le mur d'une des quatre écoles du groupe scolaire Rampal-Lassalle, rue du général Lassalle (XIXe arrondissement).
Au cours de sa garde à vue, ajoute-t-elle dans cette lettre signée de sa main, la directrice a été confrontée à "cinq policiers ayant mis en cause" son attitude lors de violents incidents mardi, liés à l'interpellation d'un grand-père chinois venus chercher ses deux petits-enfants à la sortie de son école, rue Rampal.
Mme Boukobza est soupçonnée d'"avoir frappé de nombreuses fois contre la vitre d'une voiture de police et d'avoir agressé verbalement un (policier) avec une intervention du type 'libérez-le, libérez-le, c'est un grand-père espèce de connard, on voit bien que tu n'as pas d'enfant toi' (sic)".
"Vous connaissez mon penchant pour la non-violence, j'ai donc tout nié", poursuit la directrice. "Les policiers ont maintenu leurs propos et moi les miens".
Dans la lettre, où elle remercie de leur soutien les enseignants et parents d'élèves de Rampal-Lassalle, la directrice raconte que sa garde à vue a duré de 9H20 à 15H15 et souligne que, depuis cette journée, la mairie de Paris a été "super présente" à ses côtés.
Le rappel des faits
Convoquée vers 9h vendredi pour témoigner au commissariat du XIXe arrondissement de la capitale, Valérie Boukobza, directrice de la maternelle Rampal dans le même arrondissement, avait été placée en garde à vue pour "outrage et dégradation de biens public en réunion" avant d'être relâchée. Avec deux autres personnes, elle avait été appelée à témoigner sur les incidents.
Ceux-ci avaient opposé, mardi, des policiers à des parents d'élèves qui tentaient d'empêcher l'interpellation du grand-père chinois, en situation irrégulière, d'un enfant de 4 ans scolarisé dans la maternelle de la rue Rampal.
Selon Gérard Aschieri, le secrétaire général de la FSU, principale fédération de l'enseignement, la directrice aurait "essayé de protéger les enfants" et les policiers lui reprocheraient d'avoir "tapé sur une voiture de police". Pour la préfecture de police, "des personnes ont fait obstruction (...). Un policier a été blessé et aspergé d'un liquide irritant", ce qui lui a valu "10 jours d'incapacité de travail".
Le récit du "Parisien" de samedi
"Un grand-père chinois est arrêté dans un café appelé le Petit Rampal alors qu'il allait chercher ses deux petits-enfants dans l'école qui lui fait face. Tout de suite, les parents d'élèves et les riverains interviennent. (...) Alors que le grand-père est conduit dans la voiture de police, certains s'allongent sur le macadam devant le véhicule. La tension monte. Des coups sont échangés. Du gaz lacrymogène répandu. Le pugilat dure d'interminables minutes sous le regard des élèves. 'Ils avaient mal aux yeux et, surtout, ils avaient peur pour leurs parents, se souvient un chef d'établissement voisin présent sur les lieux. Ils les ont vus se faire frapper par la police. C'était très impressionnant'".
Une vidéo circule sur le web
Huit minutes d'enregistrement vidéo de ces incidents, effectué apparemment sur un téléphone portable, circulent sur internet. "Mais le pire n'y est pas, un policier m'a empêché de filmer les scènes les plus violentes", a affirmé au "Parisien" celle qui a filmé la scène et qui est convoquée lundi au commissariat.
Le témoignage de RESF
D'après Brigitte Wieser, porte-parole du Réseau éducation sans frontières (RESF), la police s'est montrée violente, lors de l'interpellation du grand-père d'un élève, alors que des parents tentaient de s'opposer à l'arrestation. Les policiers n'auraient "pas hésité à utiliser la violence physique et à asperger la rue de gaz lacrymogène" pour disperser les parents qui s'opposaient à cette interpellation.
Le témoignage d'un parent
Un parent d'élève témoin des incidents, Gilles Dansart, raconte que "de nombreux parents de quatre écoles du quartier Belleville, situées rue Rampal et rue du Général-Lassalle, ont été alertés de l'arrivée de policiers vers 17h30".
"Lundi soir, il y avait déjà eu une tentative d'arrestation devant l'école maternelle Rampal d'une dame venue chercher sa petite fille et les parents du quartier en avaient été choqués. L'action des parents d'élèves qui se sont opposés à l'interpellation du grand-père mardi dépasse largement le cadre des sans-papiers: il y a, dit-il, des choses à respecter, les enfants, l'école"", a ajouté ce père de famille. "Le Parisien" rapporte que des parents et des riverains étaient parvenus "à empêcher l'interpellation d'une femme sans papiers venue chercher sa fille".
Plusieurs parents, dont les enfants ont eu à subir les jets de gaz lacrymogène ont par ailleurs voulu déposer plainte vendredi matin au commissariat du XIXe arrondissement de la capitale. Celui-ci les a renvoyés sur l'IGS (Inspection générale des services, la police des polices).
Réactions politiques et syndicales
-Nicolas Sarkozy: "C'est extraordinaire. A chaque fois que ça ne plaît pas à la gauche, pour Battisti ancien activiste italien arrêté au Brésil avec l'aide de la police française, pour la décision de ce procureur, il faudrait que je m'oppose à l'exécution d'une décision de justice", a répliqué Nicolas Sarkozy. "Je n'ai pas à m'opposer à une décision de justice".
-Ségolène Royal: "Les enseignants ne sont pas des auxiliaires de police", a lancé la candidate socialiste à la présidentielle lors d'un meeting à Nice (Alpes-Maritimes). "Ce n'est pas ça, la France que nous voulons. Ce n'est pas comme ça qu'on défend l'identité nationale, bien au contraire", a-t-elle souligné devant plus de 2.500 personnes réunies à Nice.
- Le secrétaire général du SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, Gilles Moindrot et Faride Hamana, président de la FCPE, principale fédération de parents d'élèves, se sont déclarés indignés vendredi après l'arrestation de la directrice d'école à propos d'enfants sans-papiers.
- Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, a dénoncé vendredi à Lille l'interpellation de la directrice d'école. "Je suis réellement choqué, jamais on n'avait atteint un tel niveau. Déjà du gaz lacrymogène à l'entrée d'une école mais en plus une tentative d'intimidation manifeste !"
- L'UNSA Education dénonce les "tentatives d'intimidation à l'encontre des enseignants qui protègent les élèves sans papiers".
- SOS-Racisme demande que cessent "ces harcèlements policiers" qui "ressemblent beaucoup à un signe électoral."
- Bertrand Delanoë, maire PS de Paris, a jugé vendredi "inacceptable d'organiser des formes 'd'embuscades' près des établissements scolaires afin d'interpeller des personnes qui viennent y chercher leurs enfants". Dans une lettre au premier ministre, il a évoqué une "dérive préoccupante". "J'en appelle aujourd'hui à votre sens de la responsabilité afin que cessent de telles provocations. Rien, pas même la période électorale en cours, ne saurait justifier de tels agissements", a-t-il écrit avant la remise en liberté de l'enseignante.
- Le PS avait "exigé" la remise en liberté de la directrice, qui s'est avérée effective dans l'après-midi.
- François Bayrou, candidat UDF, a condamné la mise en garde à vue d'une directrice d'école, estimant que "dans cette affaire, on a franchi des limites". "Ca ne se fait pas dans la République d'arrêter une directrice d'école maternelle et de la mettre en garde à vue, simplement parce qu'elle a témoigné son indignation au moment de l'arrestation spectaculaire et violente du grand-père d'un enfant scolarisé dans son école".
- Dominique Voynet, candidate des Verts à la présidentielle, a estimé que "c'est à l'un des derniers refuges des valeurs de la République -l'école - que le ministre-candidat de l'UMP s'attaque en posant la dernière pierre de son action au sein de ce gouvernement".
- Olivier Besancenot, candidat LCR, a fustigé vendredi Nicolas Sarkozy après l'interpellation de la directrice. "Le ministre candidat Sarkozy montre son vrai visage: derrière son discours électoraliste sur le respect des enseignants pointe ouvertement sa politique répressive et policière".
- Marie-George Buffet, candidate PCF, a jugé l'arrestation "révoltante. On peut se demander jusqu'où ira la violence et l'absurdité de la politique ultra-répressive menée par le gouvernement? Cette directrice d'école n'a fait que son devoir en empêchant une arrestation injuste. Ces pratiques rappellent les heures les plus sombres de notre histoire et elles doivent cesser".
- Arlette Laguiller (LO) s'est dite "profondément indignée par la rafle organisée par la police dans le 19e arrondissement de Paris devant l'école maternelle Rampal. Je joins ma protestation à celle de tous ceux qui ont exprimé leur révolte contre cette action de la police qui n'hésite pas à utiliser les écoles comme une véritable souricière pour faire la traque aux enfants et à leur famille. Et je réclame la libération immédiate des personnes arrêtées dans cette affaire et l'arrêt de toutes les poursuites".
- L'altermondialiste José Bové avait appelé à un "rassemblement immédiat" devant le commissariat du XIXe arrondissement où est détenue la directrice d'école.
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