___

Considérée comme la capitale mondiale du vin en raison de la superficie de son vignoble, de sa renommée, de son histoire, Bordeaux l’est également un peu grâce à Vinexpo. Créé en 1981, par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, le salon qui a lieu toutes les années impaires, s’est affirmé au fil des éditions comme le grand rendez-vous des opérateurs mondiaux du secteur des vins et des spiritueux. En 13 éditions, Vinexpo a enregistré une formidable croissance. En témoignent les chiffres de participation : En 1981, 524 exposants osaient l’aventure (dont 96 venant hors de France) de 21 pays et 11000 visiteurs professionnels venus eux de 50 pays.

En 2005, nous comptabilisions 2370 exposants de 43 pays, 48958 de 148 pays et plus de 1200 journalistes et écrivains, qui relatèrent les événements souligne un responsable. Cette 14e édition restera dans les annales de par sa grande fréquentation de professionnels, de producteurs, de négociants et de futurs acheteurs. Depuis 1993, le Salon offre sa tribune à l’opération “Savoir Boire Savoir Vivre”. Une manifestation organisée par des fédérations et organismes professionnels pour débattre, sous forme de colloques ou de réunions d’information, de la problématique alcool et santé.

Les clés de la réussite de Vinexpo :

Malgré les critiques récursives faites soient par les exposants ou les médias du ( prix au M2 des stands, des accès difficiles, le marquages au sol des stands étant parfois manquant ), il n’en reste pas moins que la manifestation est une vitrine exceptionnelle des produits du monde entier, incitant les acheteurs des cinq continents à venir chaque année sur la capitale girondine. Vinexpo c’est aussi un lieu d’échanges, de convivialité et de débats au cœur même du vignoble le plus réputé au monde. N’oublions pas non plus l’impact économique que cela apporte à la ville, à la région. Les hôtels et restaurants ne sauraient nier l’évidence. C’est cela les clés de la réussite de Vinexpo : être le tremplin d’une commercialisation qui s’étend au de-là de Vinexpo. Nous avons rencontré de nombreux exposants de la Haute-Gironde regroupés pour minimiser le coût, ou tenant un stand personnalisé. Le château Bertinerie des 1ères côtes de Bordeaux représenté par Eric Bantegnies, un des deux fils du propriétaire Daniel Bantegnies, nous livre ses impressions : « nous avons fait voici quelques années une porte ouverte au château afin de montrer au public et aux acheteurs français, (car c’était surtout un événement Franco-français) son profil, son expansion, sa modernisation et la technicité employée. Cependant cela n’a rien à voir avec l’ouverture qu’apporte Vinexpo que nous suivons depuis son ouverture et qui est plus orienté vers l’export »

Vinexpo nous revient entre 55 et 60 000 euros pour les cinq jours :

Eric Bantegnies poursuit : « Nous avons la chance d’être dans une structure transversale qui regroupe 14 domaines issus de différentes régions françaises, donc on bénéficie d’une très bonne synergie entre nous. On bénéficie, c’est le plus important, de la mutualisation des coûts, car Vinexpo nous revient entre 55 et 60 000 euros pour les cinq jours, c’est un investissement très lourd mais cela permet de nous découvrir et de découvrir également les Champagnes, les vins de Bourgogne, des Corbières de la Provence et de Bordeaux. Cette union ouvre des perspectives vers l’Asie, l’Amérique du Nord et du Sud, mais aussi en direction de la Guadeloupe, de St-Barthélémy par exemple. Grâce à ce salon nous avons rencontré des acheteurs venus du Brésil et d’Argentine. Vinexpo c’est un rendez exceptionnel, car en cinq jours on peu croiser toute la planète », conclut celui-ci. Sur le plan de la rentabilité cette manifestation est très intéressante signale l’ensemble des participants des Côtes de Blaye et de Bourg. Certains ont la chance d’avoir des retombées immédiates et d’autres à long terme. Il y a toujours un résultat positif affirment les exploitants. Didier Gontier le directeur Viticole des Côtes de Bourg et Cyprien Ligeard technicien Viticole des premières Côtes de Blaye, Christophe Château directeur des Côtes de Bordeaux sont unanimes : « Vinexpo est indispensable pour progresser. Ici chacun d’entre nous peut élargir sa clientèle vers des chemins qui nous conduise vers le tiers monde. Nous ne pourrions faire cela seuls »

C’est une forme de terrorisme intellectuel qui se pratique sur des gens sains :

Haute-Gironde : aujourd’hui il est interdit de consommer de l’alcool, en dehors de chez soi, est-ce que cela se répercute sur la vente ?

Eric Bantegnies : « L’alcoolisme c’est une maladie, donc qu’on l’interdise ou pas cela ne nous concerne pas. En revanche, en ce qui nous concerne c’est la phobie du gendarme ou du contrôle qui touche les consommateurs. Cela se répercute sur les vins de qualité. On en retrouve d’ailleurs la preuve dans les restaurants car un client qui ne doit consommer qu’un seul verre de vin préfère ne rien prendre du tout à cause de la peur du gendarme. C’est une forme de terrorisme intellectuel qui se pratique sur des gens sains. »

Beaucoup de châteaux de la région figuraient à cette exposition : château la Braulterie, château Cantinot, château Bellevue Gazin de Plassac, château le Cône et Marquis de Vauban (1ères côte de Blaye cru bourgeois depuis 1868) la Cave du Blayais et celle de Bourg que Cyprien Ligeard et son directeur Didier Gontier représentaient au salon, « il y a trois châteaux sur le salon, le Château Taillac, le Macô et le château Haut-Guiraud », précise le directeur.

(Côtes de Bourg Côtes d’amour), une façon nouvelle de se faire connaître :

Le technicien viticole Cyprien Ligeard indique : « nous lançons un cubi de 3 litres que nous dénommons (BOB) « Best Of Bourg » c’est une nouvelle image qui est symbolisée par un chien qui se nomme Bob. Nous essayons de communiquer et d’avoir des acheteurs pour présenter ce produit en grande surface. Nous essayons de commercialiser ce produit qui pourra avoir différentes qualités de vin, car nous avons un syndicat Viticole qui regroupe environ 500 viticulteurs (250 viticulteurs indépendants et 250 coopérateurs) L’idée c’est d’avoir des Côtes de Bourg avec ce type de BOB. Nous avons choisi cette forme de communication au lieu des journaux et des magazines. Nous préférons entrer directement en contact avec le consommateur et l’initier aux Côtes de Bourg. Les bouteilles que présente le directeur est une marque (Côtes de Bourg Côtes d’amour) C’est une façon nouvelle de faire connaître le Côtes de Bourg », conclut Cyprien Ligeard. « On incarne aujourd’hui le renouveau à Bordeaux » a souligné de son côté Didier Gontier. Alain Gatheron, le directeur du Festival œnologique de Grenoble qui est le Festival d’Europe en ce domaine, et dont l’AOC Blaye est fondatrice, souligne : « Nous on est particulièrement bien placé pour voir ce qui s’est passé depuis 12 ans, car on a un regard assez juste sur l’AOC qui est présente aujourd’hui. Son implantation sur Grenoble rivalise avec les vins du Médoc.

En qualité et en notoriété on a vu naître l’AOC tout court, puisque auparavant c’était l’AOC 1ères côtes de Blaye », conclut celui-ci. Le syndicat viticole de Blaye, lui, se réjouit d’une progression de 6 % depuis leur dernière campagne. Malgré la conjoncture actuelle l’appellation se porte plutôt bien, que ce soit aussi bien sur le marché national qu’a l’export.

Deux chefs de New-York, un chef de Los-Angeles, deux chef de Las-Vegas et un chef de Washington : Dans le cadre de Vinexpo « Côtes de Bordeaux » 6 chefs étrangers notamment des américains ont été invités. Il y a trois ans à l’occasion de Vinexpo Chicago un partenariat s’est créé avec la fondation Jean Baladin qui est un grand chef français au Etats-Unis. Cette année, avec l’ensemble de six des meilleurs chefs qui seront les prescripteurs de nos vins dans leur pays, une dégustation des produits a eu lieu. Le directeur du Syndicat Viticole des Côtes de Blaye explique : « Nous avons ouvert un restaurant entre le pont de pierre et la place de la bourse. Nous avons donc organisé une très grosse soirée et invité des importateurs et des journalistes dont Stéphane Hilarion de Haute-Gironde. Nous avons par la même occasion intronisé l’ensemble de ces chefs dans les différentes connétablies de Côtes » Après l’Asie-Pacifique, Vinexpo s’est installé en Amérique du Nord pour répondre aux besoins d’un immense marché. «Vinexpo Americas» a vu le jour en octobre 2002 à New York. Le Salon s’adressait à tous les exposants de Vinexpo et uniquement aux acheteurs nord-américains. En 2004, la deuxième édition de Vinexpo Americas a eu lieu à Chicago, au McCormick Place.

Vinexpo c’est une entité qui devient de plus en plus importante dans le monde viticole international et Mondiale. Cela justifie probablement le coût du M2 si important, n’ouvrant les portes qu’a une catégorie de viticulteurs plus ou moins aisés. Imaginons que l’an prochain, le salon s’accorde à les ouvrir aux petits viticulteurs leur donnant ainsi une chance de sortir du marasme dans lequel ils se trouvent actuellement, Vinexpo ne serait plus assez grand pour contenir le millier de viticulteurs qui viendrait tenter leur chance, l’on peut toujours rêver.

Michel Lephilipponnat